Mon ami le migrant

Scène de violence dans la rue hier en fin d’après midi, le soleil tapait dur,  trois racistes avinés harcelaient plus ou moins les passantes, courageusement, celles qui étaient seules bien évidement, ne manquant pas d’insulter femmes noires ou d’origine Arabe qui passaient…

Je regardais de loin cette scène grotesque d’hommes bouteilles de vin en main se dandinant de manière non moins grotesque, les trois compères offraient une image affligeante à souhait.

Traverse un homme d’une cinquantaine d’années, maigre, le teint cuit et recuit par le soleil, le cheveu grisonnant et long, mal rasé, vêtu d’un manteau boutonné qui lui descendait presque aux chevilles, torse visiblement nu dessous. Son regard était tourmenté, comme cherchant quelque chose ou quelqu’un.  Je me doutais que nos trois racistes dont l’un d’eux s’était pissé dessus allaient l’emmerder, mais je ne m’attendais pas à une telle suite…

L’homme arrive sur eux, les insinuations affluent, les insultes racistes commencent à pleuvoir. « tu me files ton manteau bougnoule sinon je te désosse » braille l’un d’eux, le regard vitreux, dément, allant droit sur le malheureux qui recule et se retrouve acculé contre une énorme poubelle verte de rue, les autres se lèvent pour suivre, l’un d’eux jette sa bouteille vide qui éclate aux pieds de l’homme qui tourne la tête en arrière cherchant un moyen de se défendre, il se penche et attrape quelque chose.  Une tige ? non,  une tige de rouleau à peinture sans le rouleau.

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Rapide, l’homme en assène un coup au premier qui s’apprêtait à l’attraper par le cou. Cri de douleur, le bout de la tige est rentré du quart dans la joue de l’ivrogne raciste, l’homme sans ménagement tire la tige de la joue  et en assène un coup au visage du deuxième ivrogne.  Cette fois la tige frappe sur le coté du nez,  il est probablement cassé vu le coup, le raciste âgé d’une trentaine d’années recule en couinant, hurlant, main sur sa face bovine, sale, il saigne du nez.

Le troisième qui se précipite sur l’homme reçoit un coup de tête, en plein nez et tombe par terre, sérieusement étourdi, il remue en reculant, sans tenter de se relever.

Sirène de voiture de police, je fais signe à l’homme qui semble hébété par son triple exploit. il a compris, il traverse la rue, je l’attrape par le bras et lui fais signe de me suivre. il sent la transpiration, la poussière. 40 mètres plus loin on tourne dans une rue adjacente et on disparait de la vue de tous. Malgré la chaleur et son manteau, il tremble de partout,  je le fais entrer chez moi.

Nous restons un bon quart d’heure à écouter, guetter, derrière ma fenêtre.  Je lui fais signe de se lever et de venir avec moi.  Je sens qu’il a confiance à son regard qui me scrute. L’idée des Juifs fuyant la police et la Gestapo me traverse l’esprit un instant.

Je lui ouvre la salle de bain mais prend soin de laisser la porte ouverte. Il faut qu’il sache ou je suis. Je ne comprend rien aux quelques mots qu’il me dit. Enlevant son manteau, je m’aperçois qu’il est encore plus maigre que je ne l’imaginais. Je perçois au loin la sirène des pompiers. Ils sont sans doute venu chercher les trois abrutis racistes.

En moi je ris, ils vont s’en souvenir du « bougnoule »,  en fait un migrant vais je apprendre un peu plus tard de l’homme qui s’est retrouve séparé de sa femme et de ses enfants suite à des violences avec des racistes puis avec la police qui l’a embarqué torse nu alors qu’il s’en prenait à un raciste qui prétendait acheter sa fille de 12 ans pour quelques euros.

Précieux internet

Grâce à la translation de langue qu’offre les traducteurs tel que google traduction, il faut peu de temps pour que je comprenne sa situation, les Syriens parlent très bien l’Arabe. il me suffit de retraduire en Canadien Français ou en Français, l’homme sait se servir du clavier,  je lui répond de la même manière en inversant la traduction.

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Il est syrien, sa maison a été bombardée à plusieurs reprises, une fois par le  pouvoir, une fois par la coalition étrangère et une fois par l’état Islamique.  Je sens qu’il a la nostalgie de son pays. Il était fonctionnaire et chef de chantier dans son pays.

La fuite ou la mort

Lui et sa famille ont souffert, ils n’avaient d’autres solutions que celle de fuir.  Traversée à risques, passeurs peu amènes, arrivée ou les autorités les ont malmenés, puis la France ou il me fait comprendre que les policiers sont pires encore, je ne m’en étonne pas, puis Paris, puis….

Début de détente

Je lui offre un grand bol avec du thé, il préfère le café, je m’en réjouis, moi aussi. Je sors du salon et fouille mon armoire,  sors un polo, une veste, il ne peut pas continuer a se balader avec son manteau, une il fait trop chaud, deux il se ferait repérer à dix km avec son manteau trop lourd, usé, qui n’est pas de saison. Il lui restait quelques euros, je comprend qu’il a acheté ce manteau à un clochard en sortant du commissariat.

Traduction

Direction le traducteur, je lui fais comprendre que ça ne me gène pas et que les vêtements, c’est donné,  pas vendu comme il le croit sur le moment. Je n’allais pas les vendre alors que c’est le secours catholique qui me les a donné.

il est maigre, tout lui ira comme un gant, il mesure à peine dix cm de plus que moi… Retour à la salle de bain, je lui montre un rasoir, fais des gestes avec la bouteille de mousse à raser et de l’autre fait semblant de m’en mettre sur le menton. Je lui sors un ciseau. Il comprend vite.

Je retourne au salon me resservir un café.  30 minutes plus tard, il revient au salon, en veste et polo, rasé, cheveux taillés.  Ses chaussures sont potables mais je remarque que son pantalon a des taches de sang, en fait des traces de vin quand l’autre taré de raciste ivre lui a jeté la bouteille concluons nous, je vais lui chercher un pantalon ordinaire qui devrait lui aller et une petite ceinture qui traine par terre dans mon placard depuis des mois…  re-salle de bain, il est méconnaissable ainsi rafraichi, lavé, on dirait un homme qui rentre de vacances.

La crainte a disparu de son regard, mais je le sens inquiet pour ses proches. Il sait ou ils sont mais pas comment aller les rejoindre.

Eurêka

Il me fait signe qu’il doit partir,  me traduit son remerciement par le traducteur et en me serrant contre lui en parlant dans sa langue. Illumination,  je lui fais signe de patienter, recherche de carte sur internet, puis de cartes de rues. Je lui imprime la carte des rues.  Il patiente.

La bonne carte

Posant la carte sur la table, je lui montre la carte, il comprend, regarde, cherche, il pointe son doigt, il a trouvé le lieu ou est sa famille. Il est fou de joie, me regarde et me serre à nouveau dans ses bras, cette fois plus fort encore que la première fois. Je lui donne la carte. Il est maintenant 23 heures, j’ai une autre idée. Je sors avec lui et fais semblant de lui parler comme à un ami, il comprend, il sourit et se met à faire des bla bla bla avec les gestes joyeux de celui qui termine sa soirée avec un ami…

Jusqu’au bout de la nuit

Mon autre idée est tout bonnement de le conduire à une station de taxi, connaissant appriximativement distance et prix,  je donne 30 euros au chauffeur de taxi et lui indique la rue ou est la famille de l’ami Syrien qui se retourne en me saluant de la main jusque ce que le taxi disparaisse au bout de la rue….

La solitude, le silence, la nuit, la salle de bain, la porte fait trop de bruit dans le silence, je me penche sur le grand sac poubelle, l’emmène au container, c’était le manteau et le pantalon qu’il n’a pas voulu garder. La, il doit serrer sa femme, ses enfants dans ses bras, je suis heureux…. très heureux.

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